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Journal de bord du Marion Dufresne par Jerôme Bignon Vendredi 27 novembre 2009








A bord du navire sont embarqués 70 scientifiques qui se rendent en mission sur les différentes bases australes dans le cadre de leurs programmes de recherche. Au travers des sciences de la vie ou de l’univers, ces programmes couvrent des thématiques qui vont de la protection de la biodiversité aux recherches sur le changement climatique.


Ainsi que le préfet, administrateur supérieur des Taaf, M. Rollon Mouchel-Blaisot, accompagné de M. Jérôme Bignon, député de la Somme, président du Conservatoire du Littoral et de l’Agence des aires marines protégées et de Mme Patricia Ricard, présidente de l’institut Paul Ricard, membres du conseil consultatif des Taaf.


Enfin, une quinzaine d’éco-touristes visiteront ces terres exceptionnelles, accompagnés par deux guides naturalistes, Luc et Sandra.


"samedi 21 novembre… en route vers les Crozet à bord du Marion Dufresne. Après 3 jours en mer, chacun semble avoir pris ses marques. 120 passagers partagent les espaces variés que nous propose ce navire étonnant, propriété des T.A.A.F, à la fois soutien logistique aux équipes séjournant sur les archipels des Crozet, des Kerguelen ou sur l’île d’Amsterdam, mais aussi navire océanographique capable d’effectuer des carottages de sédiments par 5000m de fond, et encore de déposer grâce à son hélicoptère des équipes de chercheurs dans les endroits les plus reculés de ces archipels de l’extrême.


La journée à bord est rythmée par les repas, les exercices de sécurité, les conférences ou encore les rêveries solitaires à la recherche des premiers pétrels ou albatros hurlants. Une grande excitation règne à bord quand nous croisons des cachalots à plusieurs reprises, des dauphins, un ban de bonites ou encore un petit rorqual.


Dimanche 22… le navire a pu "accélérer" et poursuivre sa route à 14,5 nœuds : la houle de face, les 35 nœuds de vent, tout cela a molli ; le ciel est bleu, les oiseaux plus nombreux, la température plus fraiche : nous sommes entrés dans les "40èmes hurlants" qui, en l’occurrence, sont bien calmes ! Mais tout peut changer très vite… Le spectacle est magnifique : l’air est pur, spécialement pur, la mer scintille et le ciel partagé entre le bleu et le blanc des nuages. Nous devrions atteindre les Crozet lundi vers 14h si les conditions météo restent bonnes et débarquer une équipe de scientifiques sur la côte ouest, la plus difficile car la plus exposées aux vents violents.


La tension va probablement monter d’un cran, car c’est la 1ère étape de la rotation, celle des premières séparations (4mois à 1 an), celle des débarquements de vivres et d’équipements logistiques … compliqués car les conditions sont difficiles. C’est un archipel exceptionnel à tous les points de vue : la rudesse de son climat, la richesse de sa faune…




Chacun mesure bien le privilège de poser le pied dans ces lieux interdits, si loin de la France, si méconnus et pourtant pleins de promesses, notamment pour la biodiversité. Notre pays est en "pôle position" sur ces sujets : il le doit à ses TAAF, à l’opiniâtreté de ceux qui soutiennent la pertinence de notre présence sur ces territoires de l’impossible. Les oiseaux de mer sont des "marqueurs" essentiels pour comprendre les phénomènes climatiques, le manchot royal a permis de découvrir cette peptide qui lui permet de conserver "au frais" dans son estomac, pendant quinze jours et plus, l’alimentation qu’il régurgitera à son poussin. On pourrait multiplier ces exemples à l’infini… à l’heure du réchauffement climatique, -nous pensons tous dans l’océan indien aux enjeux de Copenhague -, à l’heure des pertes avérées de biodiversité, nous mesurons sur le navire notre responsabilité avec gravité, mais aussi avec la "puissance d’espérance" de Baudelaire."


 


 

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